Défense publique de thèse – Maxime Gaborit

Monsieur Maxime Gaborit soutiendra publiquement sa thèse
pour l’obtention du grade de
doctorat en sciences politiques et sociales
le 9 octobre 2026 à 14h
à Sciences Po Paris (1 place Saint-Thomas d’Aquin 75007 PARIS) en salle K011

La thèse a été réalisée dans le cadre d’une convention de cotutelle avec Sciences Po Paris.

La thèse s’intitule : « Formes de mort. Activisme climatique et démocratie au temps des extinctions ».

Le jury est composé de :
– Prof. Amandine Orsini (UCLouvain), promotrice et secrétaire du jury
– Prof. Florence Faucher (Sciences Po Paris), promotrice
– Prof. Florence Delmotte (UCLouvain), présidente
– Prof. Laurent Jeanpierre (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), membre du comité d’accompagnement
– Prof. Valérie Deldrève (ETTIS-INRAE), évaluatrice externe
– Prof. Yves Sintomer (Université Paris 8 Vincennes/Saint-Denis), évaluateur externe

Résumé
Depuis 2018, les manifestant·es pour le climat ont formulé les enjeux climatiques comme une question de vie ou de mort. Mais loin de seulement constituer le dénominateur commun du mouvement, la perspective d’une menace vitale fait l’objet d’une pluralité de mises en récit qui invitent à questionner la relation entre les rapports au politique et les saisissements différenciés de la mort.

Au moyen d’une enquête quantitative et qualitative menée sur le mouvement pour le climat en France entre 2018 et 2024, cette thèse propose une « sociologie des formes de mort », nourrie par l’approche phénoménologique, en montrant que les différentes manières de se rapporter aux expériences négatives associées à la mort sont socialement différenciées. Elle montre d’abord qu’un rapport plus explicite à la mortalité s’articule, dans l’histoire du mouvement environnemental, à une plus grande radicalité politique. L’analyse quantitative confirme la corrélation, au sein des marches climat, entre l’intensité du rapport à la catastrophe et la radicalité. L’enquête qualitative approfondit ce résultat en faisant apparaître comment les subjectivités militantes intègrent cette présence de la mort de manière diversifiée, selon les vies qui doivent être protégées, les temporalités de la menace, les responsables de la mort et les modalités d’incorporation de cette possibilité de mort. Enfin, au niveau organisationnel, des formes variées de politisation de la survie se dégagent et, loin de figer le politique dans la défense de la vie biologique, donnent à voir la pluralité des manières de conjurer la mort. La thèse montre ainsi que la forme de mort qu’il s’agit de conjurer influence les stratégies politiques du mouvement climat.
L’enquête ouvre finalement à une pensée du politique comme un conflit entre des régimes de conjuration de la mort et, en creux, à un horizon démocratique fondé sur l’accueil de la singularité de la forme de mort de l’autre et sur une éthique du devenir-condition du vivant.

Abstract
Since 2018, climate protesters have framed climate issues as a matter of life and death. Yet, far from merely constituting the movement’s common denominator, the prospect of a vital threat has been articulated through a plurality of narratives that invite us to question the relationship between political orientations and differentiated apprehensions of death.
Drawing on a quantitative and qualitative investigation of the climate movement in France between 2018 and 2024, this thesis proposes a “sociology of forms of death,” informed by a phenomenological approach, by showing that different ways of relating to the negative experiences associated with death are socially differentiated. It first shows that a more explicit relationship to mortality has, throughout the history of the environmental movement, been associated with greater political radicalism. The quantitative analysis confirms a correlation, within climate marches, between the intensity of the relationship to catastrophe and radicalism. The qualitative investigation deepens this finding by revealing how activist subjectivities incorporate the presence of death in diverse ways, depending on which lives are to be protected, the temporalities of the threat, those held responsible for death, and the ways in which the possibility of death is incorporated. Finally, at the organizational level, various forms of the politicization of survival emerge and, far from reducing politics to the defense of biological life, reveal the plurality of ways of warding off death. The thesis thus shows that the form of death that is to be warded off shapes the movement’s political strategies.

Finally, the thesis argues that politics can be understood as a conflict between different regimes for warding off death and, in tuen, points toward a democratic horizon grounded in an openness to the singularity of the other’s form of death and in an ethics of becoming-condition.